a) Quelques conseils de lecture pour commencer...
Dès lors que l'on aborde des documents antérieurs à 1789, la lecture de ceux-ci peut commencer à poser de sérieuses difficultés, surtout quand on n'a pas de formation en paléographie, les documents les plus problématiques étant ceux des XVIème et XVIIème siècles, siècles durant lesquels l'écriture très formatée du Moyen Age laisse place à des écritures beaucoup plus libres et personnelles, et pas toujours très soignées. Le tout étant compliqué par l'état de conservation de certains documents !
Les registres paroissiaux étant la base de toute recherche généalogique, il est essentiel de les décrypter au mieux :
Si les écritures sont très variées, les actes de baptêmes sont très stéréotypés dans leur forme, ce qui aide à leur lecture. Les éléments qui posent le plus de problèmes sont :
Quelques conseils pour surmonter les difficultés de lecture :
b) Quelques exemples d'actes.
Au siècle des Lumières...
Transcription de l'acte :
" Le Samedi huitième Jour de Septembre audit an 1770 a été batizée par moi Soussigné Vicaire de Cléville une fille née ledit Jour du Mariage légitime de Jacques Broquet et de Marie Anne hommet Journaliers deladite Paroisse, et a été nommée Marie Anne par Marie Anne Le Vavasseur sa Cousine assistée de Jean Sébastien Godard son Cousin, Parrein et Marraine tous deux de la Paroisse [rature non prise en compte, ce qui est écrit au-dessus est clairement hors contexte] de Mery ; la Marraine a déclaré ne savoir signer, et elle a fait sa marque.
+ la marque de Marie anne le vavasseur J.S. godard
C. Formage Vicaire de cleville Quesnel Curé de Cleville "
Un acte de baptême tout à fait classique. La mention du nom et des prénoms de l'enfant en marge du registre facilite considérablement les recherches pour le généalogiste (ce n'est pas le cas dans tous les registres, loin s'en faut). A noter, l'emploi des déterminants "ledit", "ladite", "audit" très usités sous l'Ancien Régime et très souvent abrégés dans les actes.
Transcription de l'acte :
" aujourd'huy ce traize de fevrier audit an mil Sept cents Cinquante et un, une fille née d'hyer du Legitime mariage de henry fontaine, et de marie hûe son epouse ; Laquelle a été baptisée par nous vicaire de cette paroisse tenüe sur les Saints fonds de batême, et nommée marie Jeanne , francoise, par Jeanne blancard assistée de Jean francois varon parein et mareine de cette paroisse.
jeane blancard Jean francois varon ns Bertrand [Nicolas]
J. Langlois vicaire "
En marge, là encore le nom et les prénoms de l'enfant sont indiqués (le dernier prénom, Françoise, étant abrégé), ainsi que la nature de l'acte (là encore le curé utilise une abréviation). Deux difficultés dans cet acte : les noms de famille (en ce cas les signatures peuvent se révéler utiles) et l'expression "les saints fonds de baptême", abrégée et mal orthographiée.
Voici un exemple d'acte en très mauvais état de conservation à cause de l'humidité qui a affecté le registre par le passé et qui a fait couler l'encre, rendant la lecture compliquée. Face à un tel document, il ne faut pas forcément chercher une transcription intégrale, mais prélever les informations essentielles : la date ( 20 juillet 1755), le prénom de l'enfant (Pierre), les noms et prénoms de ses parents (Pierre Martine et Madeleine Robert), le parrain (Antoine Martine) et la marraine (Madeleine Robert).
Au Grand Siècle...
Transcription de l'acte :
" Ce Jeudy saizième iour de Febvrier audit an par Nous Thomas huë prebtre Curé de cette Parroisse de Cléville à esté baptisé Un Enfant masle né du trentième iour de Janvier dernier du mariage legitime de Robert Varin et de Françoise Porin ses pere et Mere le quel à esté nommé Nicolas François par Damoiselle Catherine Loüise de Bon Enfant au lieu Et place de sa Mere Noble Dame Anne Nicole du Mont Marquise de la Perriere Dame et Patronne de Magny, assistée de Messire François de Bailleul Marquis de Croissanville Seigneur et Patron de Vic et autres lieux qui ont signé.
de Croissanville de Magny bone an fant
T huë [prêtre de la paroisse]"
Un acte de la fin du XVIIème siècle à la graphie remarquable qui concerne une famille de notaires. Son ancienneté est perceptible dans la langue utilisée, notamment par son orthographe.
Transcription de l'acte :
" Le vingt sept fevrier 1695 a été baptisé par moi prétre Curé de Ce lieu un Enfant masle sorti du Mariage de Robert Langlois et Michelle du nord et à eté nommé guillaume par guillaume Langlois et francoise boscher ses parrain et Marrainne. [Signatures effacées]."
Un acte de la même époque que celui ci-dessus et qui est assez représentatif des actes de cette période par sa graphie et son état de conservation, ainsi que par son contenu.
Transcription de l'acte :
" du 21 [juin 1644, paroisse Saint-Godard, Rouen]
pierre fils de pierre bigot Ecuyer Sieur des Parquets Conseiller du Roy et tresorier de france en la generalité de Rouen et [de] damoiselle Andrée de Morchesne parrain guillaume de Morchesne escuyer Sieur du lieu, de Martigny de Saint Vigor et Conseiller du Roy en ses conseils d'etat et president en Sa Cour de parlement de Rouen marraine dame genevieve morant."
Avant 1650, les vraies difficultés commencent, que ce soit au niveau de l'écriture, assez rebutante de prime abord, ou au niveau des abréviations, omniprésentes et pas toujours faciles à comprendre et à restituer.

Transcription de l'acte :
" Le penultime Jour dudit mois a este baptisé Anne fille de maître [hypothèse plus probable que messire] Guillaume morchesne escuyer Sieur de martigny Lieutenant Civil et Criminel en de monsieur le Baillif de Caen en la Vicomte de Falaise et de Damoiselle marguerite sa femme la maraine Anne espouse de maître Charles du mesnil escuyer Sieur de Juqle [lieu non retrouvé...] procureur du Roy en la Vicomte de Falaise le parein noble homme hierosme morchesne Sieur de Fontené [Fontenay]."
Un acte particulièrement difficile : très ancien (1615), sa graphie est très proche des actes de la seconde moitié du seizième siècle, ce qui pose de nombreux soucis de lecture, y compris pour les paléographes aguerris.
Aperçu du seizième siècle...
... Avec des registres de la paroisse de Monterfil, en Bretagne, région qui a conservé de nombreux registres de cette période. Les plus anciens actes pour cette paroisse remontent à l'année 1588.
Sources des deux articles : mairie de Hiéville, archives du Calvados, archives de l'Orne, archives de Seine-Maritime et archives de l'Ille-et-Vilaine.