1. Les sources locales.
Toute recherche doit débuter aux archives départementales.
C'est en effet là que l'on trouve les sources permettant de reconstituer l'état civil des familles appartenant à la religion réformée, grâce aux registres tenus par les pasteurs des différentes églises concernées et qui, pour les plus anciens, remontent à la seconde moitié du seizième siècle. Avec la mise en ligne progressive de l'état civil par les archives départementales, il est aujourd'hui souvent possible de les consulter de chez soi.
Ces registres n'ayant plus d'existence légale après la Révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en 1685 et ce jusqu'à l'Edit de Tolérance de 1787, les recherches se compliquent. On peut bien évidemment avoir recours aux registres de catholicité :
- Pour savoir si la ou les familles que l'on recherche ont abjuré suite à la Révocation. Dans ce cas, il ne faut pas limiter sa recherche à la fin de l'année 1685 et l'étendre sur la totalité de l'année 1686, voire un peu au-delà. La répression qui a accompagné la Révocation a en effet poussé de nombreux protestants qui au départ s'y refusaient à abjurer.
- Si la famille ne s'est pas convertie ou est revenue par la suite sur son abjuration, il ne faut pas hésiter non plus à consulter les registres paroissiaux, car elle peut malgré tout y figurer, notamment pour faire baptiser les enfants. Dans ce cas, il peut arriver qu'il y ait un double parrainage, avec un parrain et une marraine catholiques, et un parrain et une marraine protestants. Le choix des prénoms peut aussi être révélateur, même si en la matière le choix de prénoms issus de l'Ancien Testament se fait plus rare qu'avant 1685. Les mariages peuvent aussi être célébrés devant l'Eglise catholique : en ce cas, le choix de l'alliance et les témoins présents peuvent constituer un bon indice de la persistance dans la religion réformée, car cela peut révéler un crypto-protestantisme, c'est-à-dire des familles qui ne sont converties qu'en apparence et qui tentent ainsi d'échapper aux foudres du pouvoir royal.
Pour les familles (ou une partie de celles-ci, la division étant assez souvent de mise après 1685 au sein des familles, entre ceux qui refusent la conversion, ceux qui abjurent et ceux qui font le choix du départ pour des terres plus accueillantes) qui ne se convertissent pas après 1685 et qui refusent toute accointance avec les catholiques, plusieurs sources peuvent aider à les retrouver :
- Les registres des notaires, en particulier pour les contrats de mariage, peuvent se révéler très utiles, surtout pour les familles les plus aisées qui y ont recours, afin de donner un semblant de légalité à des unions clandestines (qui peuvent se faire dans le cadre des communautés du Désert, c'est-à-dire les communautés clandestines qui s'organisent peu à peu dans la première moitié du XVIIIème siècle, ou à l'étranger : ainsi pour la Normandie, il y a plusieurs cas de familles qui se sont rendues à Jersey, en terre anglaise, pour y faire célébrer des mariages ou des baptêmes) et aux enfants qui pourront en naître. Les conflits successoraux engendrés par ce type d'union ne sont pas rares dans le premier tiers du XVIIIème siècle, avant que les Parlements ne tranchent finalement progressivement en faveur de la légalité des alliances contractées si il y a eu passage chez le notaire.
- A partir de 1736, on peut aussi compter sur les permis d'inhumer, accordés aux protestants par le pouvoir royal. Ils sont à rechercher dans la série qui contient les archives de l'intendance.
- Dans les archives de l'intendance également, on peut trouver des documents en rapport avec la Régie des biens des religionnaires fugitifs, du moins pour le règne de Louis XIV et des documents en rapport avec des demandes transmises à l'intendant de la généralité par des protestants afin de vendre leurs biens, l'objectif du pouvoir royal étant d'empêcher par ce biais toute fuite à l'étranger, que ce soit de la part des individus ou au niveau des capitaux issus de cette vente et qui pourraient être destinés à de la famille partie dans les pays du Refuge (Angleterre, Provinces-Unies, Etats protestants du Saint-Empire, Suisse).
- Enfin, on peut aussi avoir recours aux archives des maisons religieuses qui ont accueilli des enfants protestants après la Révocation et tout au long du XVIIIème siècle, jusqu'à l'Edit de Tolérance de 1787, et ce afin de les convertir. On pensait ainsi faire disparaître les communautés réformées, en les empêchant de se renouveler. Il peut en particulier être intéressant de consulter, quand elles sont encore conservées, les archives des maisons de la Propagation de la foi, aussi appelés Nouveaux Catholiques pour les maisons accueillant les jeunes protestants et Nouvelles Catholiques pour celles accueillant les filles. Elle sont conservées dans les séries ecclésiastiques, avec les archives d'autres communautés religieuses.
(cliquer sur la carte pour la voir en plus grand et plus net)
Source : C. Martin, Les compagnies de la propagation de la foi (1632-1685), Droz, 2000.
A venir : la partie 2 sur les sources nationales et étrangères.