1. La diversité des écritures.
Première difficulté en paléographie : la manière d'écrire, très variée et qui a évoluée au cours du temps. Alors qu'à l'époque médiévale, l'écriture était relativement "standardisée" car maîtrisée par un nombre restreint de personnes, elle tend, à partir du XVIème siècle, à se personnaliser, tout en concernant un plus grand nombre d'individus, même si la part de ceux-ci dans la population globale reste minoritaire. Il faut donc prendre en compte cette diversité des écritures, la manière dont chacun tient sa plume, la façon qu'il a de la tailler, le bec choisi pour cette dernière... Sans oublier la nature de l'écrit (les écrits à caractère officiel, comme les actes du pouvoir royal, sont très soignés, alors que les lettres personnelles, beaucoup moins) et le rang de la personne qui écrit (par exemple entre un chancelier, qui écrit très lisiblement, quelque soit l'époque, et un simple tabellion, dont les actes sont très difficiles à déchiffer, voire illisibles, surtout entre 1500 et 1650).
2. Du bon usage des abréviations.
Tous ceux qui ont eu à faire aux textes anciens ont un jour ou l'autre buté sur une abréviation. Il faut dire qu'à l'époque moderne on en fait un usage courant, et même immodéré, le plus souvent dans un souci d'économiser le parchemin ou le papier. Trois grands systèmes d'abréviations peuvent être distingués :
Autrement dit, on n'écrit pas les dernières lettres ou la dernière syllabe d'un mot.
Un exemple pour bien comprendre : ![]()
La partie du mot manquante est restituée entre crochets. Le signe au-dessus des lettres "a" et "n" s'appelle un tilde. C'est ce signe qui permet de savoir que le mot n'est pas écrit en entier.
On peut aussi trouver une autre manière d'abréger, en déformant le mot vers le haut ou vers le bas.
Deux exemples très fréquents :
Icelluy = ![]()
Dudit = ![]()
Dans ce cas-là, on supprime des lettres à l'intérieur du mot.
Quelques exemples :
= v[euv]e.
= g[é]n[ér]al.
= th[om]as
= au[tre]ment.
= p[rése]nt.
= not[ai]re.
coe = co[mm]e.
Ce sont des signes qui auraient été inventés à l'époque romaine par Tiron, affranchi et secrétaire de Cicéron. De son système de sténographie ne sont restés que 99 signes encore utilisés au Moyen Age et à l'époque moderne, comme par exemple :
= et.
= per, par ou por.
= pré.
= pro.
= que.
= ter.
Toutes les abréviations conventionnelles sont soit utilisées seules (comme pour le "et") ou dans un mot ou un nom pour l'abréger. Ainsi le "neuf tironien" (qui ressemble beaucoup à un 9 et qui est toujours transcrit ainsi), équivalent du latin cum ("avec") est utilisé très fréquemment pour abréger des termes courants comme "comme" (ce qui donne en abrégé "9me") ou "contre" ("9tre").
3 L'orthographe.
L'orthographe est le dernier problème majeur posé par les textes anciens. En effet, sous l'Ancien Régime, les règles en la matière n'étaient pas aussi strictes qu'aujourd'hui. Il ne faut jamais corriger quand on transcrit un texte ancien ce qui pour nous constitue une faute : le respect du texte original est une règle essentielle en paléographie (même si elle met à mal les correcteurs d'orthographe de nos ordinateurs !).
De plus, au XVIème et au XVIIème siècles, le français reste encore proche du latin. Un exemple pour s'en convaincre : "prêtre" est souvent abrégé en
, ce qui donne une fois transcrit "p[re]b[t]re", plus proche du latin presbyter que de notre français actuel ! Le fait que les lettres "u" et "v" soient considérées comme la même chose témoignent aussi de cette contagion du latin sur l'ancien français.
Il n'y a pas d'accent grave ni d'accent circonflexe sous l'Ancien Régime. Ainsi, au lieu du mot "fenêtre", on trouve "fenestre". Et pour "âge", on double la voyelle, ce qui donne "aage". L'accent aigu et le tréma existaient, mais sont employés assez souvent d'une façon qui nous paraît aujourd'hui hasardeuse...
L'apostrophe n'est pas toujours utilisée. On peut très bien trouver "lune" au lieu de "l'une". La ponctuation peut aussi nous paraître pas tout à fait en adéquation avec ce que nous connaissons, surtout en ce qui concerne les points-virgules ou les deux-points.
Au pluriel, les mots peuvent se terminer par un "s" comme par un "z".
Quant au participe présent, il s'accorde alors en genre et en nombre et n'est donc pas invariable comme actuellement.
Les verbes conjugués à l'imparfait peuvent se terminer en "oit" ou "oient" au lieu des "ait" et "aient". Plus généralement, la prononciation de certaines syllabes n'était pas forcément la même, d'où une orthographe différente... Il faut enfin tenir compte des particularités régionales : en Normandie on n'écrit jamais "environ" mais "viron".